23 mai 2006

Eurotrash

Si on parlait de l'Eurovision. Marrant, l'évocation de ce mot fait souvent naître un sourire sur le coin des lèvres. Il faut bien avouer que cette représentation annuelle des talents européens a de quoi faire frémir. Une impression d'une faille spatio-temporelle persistante qui retiendrai cet étalage de chansons et d'interprètes pour le moins...décalés.
Mais cette année, il y a du nouveau !
Au détour d'un article glané sur le net, je ne peux m'empêcher de sourire (vraiment cette fois). La Finlande sera représenté par le groupe de métal old school : Lordi. Pour ceux qui ne connaissent pas : c'est un des fils spirituels (et quelle jolie famille...) de Kiss et des glorieux Gwar. Mais revenons à Lordi. Ils sont donc grimés en monstres avec des costumes assez improbables, et font tout dans la démesure avec un plaisir évident. Leurs motivations : le show, du fun, de la dérision et rien d'autre. Au sujet de leur participation à l'Eurovision, leur leader a déclaré : « Nous sommes à l’Eurovision un peu comme des mangeurs de viande dans un café végétarien. ». Assez bien résumé. Ils représentent donc la Finlande, où ils sont multi disque d'or, avec un titre typique du hard rock des années 80 : "Hard Rock hallelujah". Quel titre au passage !! Je vous livre un extrait des paroles : « Des ailes dans mon dos/Des cornes sur ma tête/Mes crochets sont acérés/Et mes yeux sont rouges (...) Maintenant choisis de nous rejoindre/Ou va tout droit en enfer »
Voilà, voilà...
Alors oui, je suis enthousiaste par rapport à leur participation, et non, je n'irai pas jusqu'à sacrifier un samedi soir pour me taper trois heures d'Eurovision. Alors, je préviens de l'info plusieurs de me potes (c'est à dire qu'ils sont pas très au courant de ce qui concerne l'Eurovision mes amis....des marginaux, ça ne fait aucun doute). Et je programme donc mon magnéto.
Je rentre plus tard dans la nuit, visionne la cassette avec la touche avance rapide sollicitée de manière quasi permanente; car non également : je ne suis pas maso.
Premier constat : je suis atterré par les commentaires (comme si les chansons ne suffisaient pas). Ils sont assurés par Michel Drucker (qu'est-ce qu'il fait là ? il n'a pas fait ses 507 heures annuel d'intermittent du spectacle ou quoi ? je comprends pas...) et Claudy Siar (journaliste de RFI et spécialiste du Zouk -il a d'ailleurs sorti 4 albums dans ce style- ). Je relève donc que Mimi et Cloclo n'ont rien compris à l'esprit du groupe. Parfois visionnaire : "et bien, s'ils comptent gagner avec ça !!" à la fin de la prestation de Lordi. Bien vu... Sinon condescendant : "éloignez les enfants de vos postes, c'est du rock monstrueux" et autre "on ne fait clairement pas le même métier"...oui Michel, c'est vrai : vous ne faites pas le même métier; et pour finir, mauvais joueurs : les pays limitrophes de la France qui ne donnaient pas de voix à notre candidate étaient jugés "de pas être très fair play". Pas très fair play, si vous voulez.... Honnêtes et réalistes : plutôt, je pense.
Car on aura assisté entre temps à la prestation ratée de notre représentante, Virginie Pouchain, portée comme le messie par un Claudy Siar qui n'en pouvait plus... Le problème est que la jeune femme n'avait pas l'air à l'aise. Sont chant était crispé, coincé dans les mêmes notes aiguës et monotones. Et puis, il y a la chanson qu'elle défendait : une éternelle guimauve romantico-sentimentalo-diurétiquo-songs écrite par Corneille et non cautionnée par Pascal Sevran (euh... qu'en penser d'ailleurs ?).
Et Lordi, vous demandez vous ? Et bien, fidèle à eux mêmes. A savoir : le big show grand guignolesque : des costumes impressionnants de guerriers de l'espace, des effets pyrotechniques à foison, des ailes qui se déplient dans le dos du chanteurs au milieu de la chanson, des moons boots de 30 cm, une voix gutturale... Bref : du grand n'importe quoi assumé.
On approche de la fin de l'émission (même en avance rapide : je n'en peux plus), les téléspectateurs sont invités à voter. Les résultats sont annoncés pays par pays.... PAYS PAR PAYS. Et il y en a 38. Je vous laisse imaginer l'ennui qui m'envahit. Et le résultat final transparaît peu à peu, au grand dam de nos commentateurs : Lordi remporte le 51e concours de l'Eurovision ! Devant 100 millions de téléspectateurs. Grimés en monstres. Avec du hard rock old school. A l'Eurovision. Ils ont devancé la Russie qui était défendu par un beau gosse en complet marcel/jean/basket qui chantait pourtant "never let you go"...
Ce qui est vraiment intéressant, c'est la réaction de leur pays : la Finlande. Le lendemain, les gens sont descendus dans la rue interprétant l'hymne consacré la veille : "Hard Rock hallelujah". La présidente leur a adressé un télégramme de satisfaction et le ministre de la culture clamait partout que Lordi était la preuve que le musique finlandaise pouvait rencontrer du succès hors de ses frontières. Vous imaginez Chirac ou un Donnadieu de Vabres faisant de même en France avec le groupe de grindcore parodique français Gronibard par exemple ? Cela donnerait alors quelque chose comme Donnadieu de Vabres déclarant : "Gronibard est l'exemple même que la musique française de qualité peut dépasser nos frontières" puis, plus solennellement : "la France, le président et moi même sommes fiers de nos Gronibard".... Ce serait pas mal, non ? L'idée a son charme mais bon, je n'y crois pas beaucoup.
L'autre point intéressant, c'est que que les votants des 38 pays ont plébiscité l'idée même d'un souffle frais dans une institution clairement poussiéreuse. Car, avant la chanson (somme toute assez moyenne), c'est le côté show, le fun et l'autodérision assumée du groupe dans un univers ultra codifié et figé qu'ils ont soutenus. Et c'est un signe assez fort, du moins plaisant. Un vrai pied de nez qui, j'espère, aura le mérite de faire réfléchir les organisateurs de cette soirée.

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