10 novembre 2006

Peeping Tom live à l'Elysée Montmartre


Mike Patton. J'ai grandi musicalement en parallèle de cet homme. La première rencontre s'est passé par le biais de l'album "The Real Thing" du groupe Faith No More, paru en 1989. Et c'était un mauvais contact puisque j'ai plutôt détesté son chant, assimilant sa voix à celle d'un canard... L'album "Angel Dust" suit en 1991, et je mettrai longtemps à m'y intéresser du fait même de la présence de Mike Patton dans le groupe... Puis vient le moment de l'écoute de l'album : plus rien ne sera jamais comme avant. Avec ce disque, Faith No More a transformé le monde de la musique énervé, en lui apportant une profondeur, une variété d'émotions, une distance, une sensibilité pop, ouverte et affranchie. Et puis ce chant. Quel bond en avant entre deux albums ! Mike Patton a influencé une génération entière de chanteurs. Son énorme spectre musical, ses variétés de tons, son extrême souplesse, son utilisation de sa voix comme instrument, son sens de la mélodie marqueront les esprits. Cet homme a d'ailleurs marqué la plupart de mes amis d'alors, car cela existait donc : un type comme nous qui se contrefiche du style qu'il écoute et qu'il joue, qui s'affranchit des clivages de genre pour ne rechercher que du plaisir, un plaisir libre indifférent à l'emballage. Un homme qui mange toutes les influences qu'il reçoit, les digèrent pour laisser ressortir sa propre vision, sans s'adonner à un vulgaire "copier/coller". Alors, vous comprendrez aisément que l'on s'est intéressés forcement plus à l'homme. Et nous avons découvert qu'il avait un groupe en parallèle et que celui ci se nommait Mr Bungle.


Si on émettait des réserves sur le génie du bonhomme, le doute n'est maintenant plus permis. Mr Bungle aura publié trois albums (dont le premier produit par John Zorn) et leur musique voit se côtoyer des styles aussi divers que la salsa, du death métal, de la pop, de la techno, du tango, du free jazz; etc... Une liberté de ton insensée. Une vraie bande d'allumés dont les apparitions scéniques ne sont pas à louper, tant ils ajoutent à leur grande maîtrise technique, un sens de l'humour développé qui passera entre autres, par un goût prononcé pour le travestissement. Je vous laisse découvrir par les photos et les vidéos circulant sur la toile.


Après, il serai trop long de vous parler de tout ce qu'a entreprit Mike Patton....
Bon. En quelques mots alors : il a créé un label "Ipecac" (du nom d'une racine qui provoque le vomissement) dont la ligne éditoriale rejoint celle de l'artiste; publié des albums solos expérimentaux (basé que sur sa voix); créé Fantomas (qui produit une musique très bigarrés, technique, conceptuelle où se rencontre hardcore, grind et death métal) avec des membres de Slayer, Melvins et Mr Bungle; puis Tomahawk (une formation plus rock) avec de membres de Jesus Lizard et d'Helmet; ou encore Lovage avec Dan The automator de Gorillaz et Jennifer Charles de The Elysian Fields; et des collaborations avec Maldoror, John Zorn, Björk, The Dillinger Escape Plan, John Kaada, Sepultura, etc... Bon, je sais : j'avais dit en "quelques mots". Mais ce type a un parcours tellement riche et de qualité qu'on a envie de le partager.
Et puis, il a cette qualité : il n'attend rien, il fait. A méditer.



Et donc aujourd'hui : le groupe Peeping Tom. Le projet dont il parle depuis plus de huit ans et qui marquerait sa volonté de créer une musique pop telle qu'il voudrait l'entendre à la radio. Soit. L'album sort en Mai dernier, le packaging est une fois de plus très soigné comme a l'accoutumé avec les disques du label Ipecac. Les featurings de l'album laisse rêveurs : Norah Jones, Massive Attack, Bebel Gilberto, Amon Tobin ou encore Kool Keith pour n'en citer que quelques uns. A l'écoute : l'album ne m'a pas vraiment séduit. Certains passages me paraissant faiblards, telles chansons anecdotiques, la production sans ampleur. La déception est donc là, et ce, malgré quelles bons titres et surtout, le plaisir de retrouver Mike Patton en chanteur pop et crooner. Vient le concert. Je ne sais si je cède à la nostalgie, mais je (re)découvre un Mike de l'époque Faith No More. Ce gars est définitivement charismatique. Son entrée en scène déjà : démarche tranquille, en costard et avec un verre de vin à la main comme s'il arrivait à une soirée entre potes. "Classe", je ne vois pas d'autres mots. Puis le plaisir évident qu'il prend à être sur scène, et avec ses collègues (dont l'impressionnant "human beat box" Razhel des Roots). Intenable, pris de ses spasmes, se tordant en deux, gesticulant, se mettant au ras du public, il se donnera à fond et ne manquera jamais la moindre note. Ce mec a un grain, et il ne s'en excuse pas. Il est heureux d'être là et cela se voit. Il rit de lui, de son groupe, et avec son public. Bref, un Mike affranchi de toute la concentration extrême nécessaire qu'il met dans l'interprétation des répertoires exigeant de ses autres groupes, affranchi aussi de ses dizaines de micro, des ses effets, de ses claviers, de son rôle de chef d'orchestre. Oui c'est ça, il est libre, le Patton. Y prend beaucoup de plaisir. Et nous aussi.
Les images en image.



Caipirinha
envoyé par gillouz

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